Stratégies et Méthodes TB
Stratégies et méthodes employées en réaction au système capitaliste : la désignation, l’analyse, l’illustration, le jeu, le combat, le mimétisme, la démission, la dérision. Un professionnel, envisageant l’acte artistique avec les même exigences d’information, de savoir-faire, d’identification d’objectifs, de recherche opérationnelle, d’impératifs décisionnels et de concentration de moyens que n’importe quelle activité de project management.
Objectifs transversaux
Travailler sur l’inframince ontologique entre pratique socio-économique et pratique artistique. Tester les contours de cette frontière, mesurer la plus-value artistique de projets dans leur capacité à détourner les règles établies. Au-delà de donner forme à des idées (définition de l’art), éprouver la viabilité et la rentabilité économique de ces idées dans une réalité de marché. Aborder, à l’occasion de ces démarches aux apparences gaguesques, quelques sujets universels : l’argent, la violence, l’économie capitaliste, l’engagement, le politique, la générosité, l’aliénation, la mort.
Ressources mobilisées
Administratives : dépôt de brevets, études financières, formations professionnelles à la création d’entreprises... Marketing : logos, films promotionnels, slogans, objets dérivés... Technologiques : partenariats industriels pour la création de prototypes (avec Pepsi-Cola, par exemple). Mobilier : design tertiaire (plantes vertes, stands, moquette...). Humaines : recrutement (hôtesse), compétences spécifiques par projets, spectateurs/clients pour répondre à ses offres de service...
Stratégies et méthodes employées
Mimétisme Critique (expérimentation en actes de différents maillons de la chaîne économique : concept, maquette, business plan, financement, communication etc., mettant en lumière l’extraordinaire capacité de subordination de ces systèmes à tous les types d’entreprises, même les plus aberrantes). Veille Intellectuelle, Interventionnisme Célébratif (mise en scène de liens symboliques - voir point précédent - via des pratiques participatives le plus souvent basées sur une transaction marchande et non pas sur la gratuité, contrairement à une certaines esthétiques de la libéralité). Sabotage (art de la guérilla, créant des perturbations légères en un territoire indéterminé et quasi-invisible au coeur même du système affronté. Un choix est fait : ne pas détruire les choses mais les rendre inutilisables, irrécupérables.
Bilan et diagnostic
La plus grande efficience (qui reste faible) de cette confrontation avec une entité aussi dominante que le capitalisme contemporain résidant certainement dans la simplicité du message, sa compréhension immédiate, sa force évocatrice, la détermination dans sa réalisation. Ces formes tendent finalement à dénoncer un capitalisme épousant les dimensions du rêve. Rêve utopique de la consommation, évidemment, mais plus essentiellement, et plus subtilement, spectre onirique aux causalités bouleversées, aux responsabilités obscures et aux conséquences incontrôlables - voire, un cauchemar. à l’image du distributeur d’oeufs frais : le mécanisme implacable et bien huilé de l’échange marchand finit en catastrophe.
Freshegg
Commentaire et conditionnement. Le distributeur d’oeuf frais est un distributeur automatique détourné pour vendre des oeufs dans l’espace public. Les oeufs sont vendus sans packaging. La machine, prolongation de mon espace privé doit séduire le consommateur dans l’espace public. Le consommateur, une fois attiré, s’engage dans un échange impartial, car comme à son habitude pour faire fonctionner la machine, il donne son argent. On lui propose un choix de produits mais c’est « le retour du même » (un oeuf issu de l’agriculture industrielle, avec le calibre moyen, acheté dans un supermarché (IGA) ou un grossiste). Ayant à faire le choix du même, le consommateur se retrouve incapable d’indiquer son choix à la machine car l’index de celle-ci ne correspond pas à ses rayons. Constatant la perte de contrôle sur le choix du même, imposé par la machine, il opère un geste aliéné d’achat : il appuie sur un bouton. La machine programmée, actionne par hasard un moteur qui distribue un oeuf, ce dernier avance et tombe dans le bac de réception pour consommateur, pris par la gravité. Le consommateur contemple derrière la vitrine éclairée, la destruction d’un oeuf frais. S’il ne prend pas son oeuf éclaté, son achat, la machine grâce à son programme, actionne un moteur qui fait pivoter le sol du bac, et envoie l’oeuf dans une poubelle intégrée. La machine se réinitialise pour un prochain consommateur.
Thierry Boutonnier |