Syndicat Potentiel
Le projet Offre de Temps de Chômage a été proposée durant l’exposition La Poussière des Chômeurs (1) qui s’est déroulée du 29 juin au 14 juillet 2001 au Syndicat Potentiel à Strasbourg. Des coupons de réservation d’une durée d’une heure et d’une valeur de 50 francs étaient à la disposition des visiteurs. Ces coupons permettaient à des chômeurs de vendre de leur temps de chômage. Sur chaque coupon étaient définis la date et l’horaire, selon la disponibilité du chômeur. Le choix du lieu était déterminé par l’acquéreur. L’achat du temps de chômage se faisait auprès de l’agent de réservation dont la fonction était de faire le lien entre l’offre et la demande, et de garantir l’anonymat de la personne commanditaire vis-à-vis du chômeur qui vendait son temps. Le chômeur se rendait ensuite aux endroits inscrits sur les coupons pour y passer ses heures de chômage. Le commanditaire pouvait être présent ou non sur le lieu de réalisation du temps de chômage. Le chômeur était tenu de ne rien faire à part être présent même si leur commanditaire lui demandait. Une fois les heures de chômage réalisées, l’agent de réservation reversait la somme payée par le commanditaire auprès du chômeur.
15 temps de chômage étaient proposés 9 temps de chômage ont été vendus pour Francis Guerrero, artiste chômeur 2 temps de chômage ont été vendus pour Valentin Ossenbrunner, artiste chômeur
Exemples de temps de chômage vécus
1. Le 11 juillet 2001, de 04h00 à 05h00 du matin sur un parking. Valentin et moi avons vendu une heure chacun de temps de chômage que l’on devait passer sur le parking de la Citadelle à Strasbourg. Un lieu réputé pour la drague homosexuelle. Heureusement la personne qui nous a acheté ce temps a fait en sorte que nous le passions ensemble. Elle a sûrement pensé que nous serions mieux à deux. Nous y sommes allés en voiture et avons attendu sur le parking où quelques voitures circulaient et faisaient des va et viens. Un vieux monsieur en short très court qui laissait apparaître ses parties intimes ne cessait de tourner autour de nous mais il ne nous a pas abordé. À plusieurs reprises il est allé vers le parc en ne nous quittant pas des yeux comme pour nous suggérer de le suivre. Un peu plus tard lorsqu’il n’y avait presque plus personne sur le parking nous avons vu arriver un jeune homme complètement ivre qui poussait une mobylette et qui tombait à terre tous les vingt mètres. Il a réussi à se traîner jusqu’à nous. Nous avons ouvert la fenêtre de la voiture. Il s’est adressé à nous pour nous demander si on pouvait le ramener chez lui car, dans son état, il était incapable de conduire sa mobylette. Nous lui avons expliqué pourquoi nous étions là. Il s’est mis à crier en disant qu’il ne nous croyait pas que tous les gens ici étaient des PD et que jusqu’à présent il n’avait rien contre, mais que dès le lendemain, il allait écrire à la mairie pour débarrasser cet endroit de toutes les tapettes qui y traînaient. Il a ensuite repris son chemin toujours soutenu par sa mobylette et toujours aussi difficilement. Valentin et moi avons attendu jusqu’à 05h00. Il n’y avait plus personne sur le parking. Ensuite nous sommes rentrés nous coucher.
2. Le 21 juillet 2001 de 09H00 a 10h00, ascenseur de CUS Habitat, siège des HLM de Strasbourg. J’ai vendu un temps de chômage que je devais passer dans l’ascenseur du siège de la société HLM de Strasbourg (drôle d’endroit). J’y suis allé, j’y ai passé l’heure prévue en me demandant si j’allais croiser le commanditaire de ma mission mais comme je ne le connaissais pas, je ne pouvais pas savoir s’il était là pour vérifier. L’hôtesse d’accueil de la société avait bien vu que quelqu’un squattait l’ascenseur parce qu’à chaque fois qu’il s’ouvrait dans le hall d’accueil elle me voyait. Mais, pendant une heure, elle n’a rien dit, comme si elle ne voulait pas se mêler de quelque chose qui lui semblait bizarre. Au bout d’une heure qui est finalement passée plus vite que je ne l’avais prévu, je suis rentré chez moi.
3. Le 13 juillet 2001 de 12H00 à 13H00 dans un cybercafé. Lorsque je suis arrivé dans l’endroit qu’on m’avait indiqué la patronne du café était au courant, elle m’a accueilli en me disant qu’un repas avait était payé par une personne dont elle ne pouvait pas dire le nom mais que je n’avait qu’à m’installer et qu’on me servirait. Aussi la personne anonyme avait payé pour que je puisse utiliser le net pendant une heure ce que j’ai refusé car ce n’était pas dans mon contrat. J’ai bien mangé (salade composée et steak frite et une boisson gazeuse) et à 13h00 je suis retourné à mes activités quotidiennes.
Francis Guerrero, juillet 2001. Intervention pour La Poussière des Chômeurs1 au Syndicat Potentiel, Strasbourg. Avec la participation de Jeff Mugnier et Valentin Ossenbrunner.
Note
1. Sur une idée de Bureau d’études, voir http://syndicatpotentiel.
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