Public Globality Gardens
La planification urbaine, la relation qu’elle entretient avec l’art, est étroitement liée avec l’intérêt des artistes pour la démocratie.
Le renforcement de la démocratie est l’un des aspects essentiels qui assure aux citoyens une société durable. La planification urbaine est souvent une discussion entre les hommes politiques et les urbanistes, et quelquefois en coopération avec les ONG et les citoyens. Mais une tendance alarmante a vu le jour, avec l’influence croissance des intérêts financiers qui régulent la situation de la ville et de la région. Des artistes travaillant sur le terrain ont remis en question ce développement, en alléguant que la société, au lieu de réduire son influence sur la planification urbaine, devrait l’augmenter. Ainsi, elle renforcerait la démocratie et n’abandonnerait pas sa position pour une économie de marché. Le rôle de cet article est de renforcer la fonction de l’artiste dans la planification urbaine en tant qu’agent, avec comme condition qu’il puisse enquêter librement. Cette condition est essentielle pour le développement d’une société durable, et de ses fondements démocratiques. Les activités artistiques sont des aspects fondamentaux pour le développement et le renforcement de la démocratie, et afin de trouver un équilibre dans le développement urbain de toutes les sociétés. Dans cet article, nous donnerons des exemples d’activités artistiques dans le domaine de la planification urbaine.
La démocratie dans la planification urbaine
Qu’est ce que la démocratie participative, et comment, en tant qu’artistes, avons-nous travaillé sur ce concept ? De nombreux aspects intéressants de la relation entre la planification urbaine ou régionale, et la démocratie participative démontrent souvent le fait suivant : lorsque l’on demande que la participation des citoyens soit de plus en plus importante, celle-ci se révèle le plus souvent être en fait une influence décroissante. En tant qu’artiste, le groupe Public Globality Gardens a créé une image de cette relation de pouvoir en créant une oeuvre artistique sur une place centrale à Malmö, en Suède ; il s’agit d’un jardin ouvrier grandeur nature. Cette recherche de la démocratie dans la vie réelle a soulevé quatre questions particulièrement importantes. «Comment diriger un projet d’urbanisme, par rapport aux personnes vivant dans cet endroit ? », «Comment prendre en compte les connaissances des citoyens à propos d’un endroit ? », « Qui est le porte-parole des citoyens ?» et enfin «Qui a le code d’entrée et qui ne l’a pas, et comment allons-nous faire face à ce problème ? ».
Le jardin ouvrier sur la place St. Knuts
« Le jardin ouvrier sur la place St. Knuts » était une action artistique en relation avec le développement durable, c’était une méthode pour que les artistes puissent travailler en ayant des préoccupations liées à l’environnement. Ce projet a été organisé par Public Globality Gardens (les jardins publics mondiaux), un groupe indépendant d’artistes venant de Malmö, Scania, en Suède. Les points de départ de ce groupe sont les principes formulés dans la Déclaration des Nations Unis, Agenda 21 et 27. Cette action artistique avait deux objectifs principaux. Tout d’abord, il s’agissait d’une réaction contre la fermeture prévue d’une aire de jardins ouvriers, en périphérie de Malmö, Sibbarp, près du pont Öresunds. Construire quelque chose dans le quartier central d’une ville qui appartient normalement à la banlieue, est un commentaire à la fois esthétique et politique. La seconde raison pour laquelle un jardin ouvrier a été construit sur la place centrale de Malmö est la politique environnementale non satisfaisante, qui avait des effets négatifs à la fois sur l’environnement, la société et la culture. Malmö a très peu d’espaces verts, cela vient du passé agricole de la ville. Malmö a été construite à l’endroit le plus humide du monde, et n’a pas beaucoup de nature « réelle ». étant donné que Malmö est un endroit qui se développe considérablement, cela aura une influence non négligeable sur des aspects de l’environnement local, tels que le milieu local, la biodiversité, et la santé des citoyens. Malgré cela, la densité du trafic va augmenter ; la ville est faîte pour les voitures, et non pour les hommes, et si la résistance n’est pas assez forte, rien ne sera fait pour arrêter ce développement. Lorsque nous avons commencé à construire le jardin ouvrier, beaucoup de gens nous ont demandé si les légumes seraient comestibles, à cause du trafic. Notre réponse était, et est toujours : « S’ils ne le sont pas, alors les voitures n’ont plus rien à faire ici ! Et entre nous tous, nous devrions être capable de faire quelque chose pour lutter contre cela ! »
Le jardin ouvrier a été placé à Malmö, lors de la période de culture de mai à décembre 2003. Puisque les marchés ne sont plus très rentables de nos jours, la place n’est plus utilisée comme une place de marché, et elle n’est d’ailleurs plus utilisée du tout, pour quoi que ce soit. C’est maintenant un désert urbain, un désert de pierre. De nombreuses personnes vivent tout autour de cette place, et regardent d’en haut cet espace vide, attendant que quelque chose s’y passe. Son voisin le plus proche est la route à deux voies qui passe à côté. C’est dans cet environnement qu’a été construit le jardin ouvrier, sur cette place du marché pavée, avec une longueur de 120 m2, et une hauteur de 1,5 m. Dans un but écologique, nous avons utilisé des matériaux recyclés, et le jardin reposait sur 300 palettes de tailles différentes. L’installation de ce jardin a véritablement comblé un « trou noir » dans ce quartier. Pour certaines raisons, la méthode trop souvent utilisée pour décorer une ville est de la parer de fleurs, ou d’autres équipements commerciaux de jardin. Dans le domaine politique, cela a alimenté le conflit des 300 cultivateurs menacés par la fermeture de leur aire de jardins ouvriers, et provoqué une réaction générale contre une démocratie qui ne fonctionne pas. Malgré les demandes du gouvernement visant à accroître la participation et le poids des citoyens dans la politique locale, les fondements de la démocratie sont inexistants dans la planification urbaine. Concernant la planification urbaine, il s’agit d’un processus interne comprenant un pouvoir politique inhérent, ainsi que des intérêts financiers. La convention de Rio voudrait que nous touchions tous les aspects de la société, ce qui signifie que les priorités du travail sur l’environnement de la fin des années 1960 sont dépassées. Cependant, les intérêts économiques sont dominants lors des étapes de la planification urbaine, et, malheureusement, le Conseil Municipal de la ville néglige les arguments d’une société durable. Est-ce qu’un jardin ouvrier urbain fonctionnerait ? Depuis que ce jardin ouvrier a été construit sur une place publique centrale, aux caractéristiques habituelles propres aux jardins, est venu s’ajouter le fait que tout un chacun était invité dans ce jardin, pour y faire ce que bon lui semble. Nous avons souvent eu à répondre à la question suivante : Est-ce que les gens n’en viendront pas à abîmer ce jardin ? Bien au contraire, il fut difficile d’expliquer aux gens qu’ils pouvaient utiliser ce jardin ouvrier pour faire pousser des herbes, des légumes et de la rhubarbe. La vie en ville va peu à peu s’améliorer si l’on considère les espaces urbains situés « au milieu » comme des opportunités susceptibles d’améliorer l’environnement. Nous avons cultivé le jardin avec tous ceux qui habitaient autour de la place. Un homme assez âgé, un ancien boxeur, a préparé la culture de poireaux, et a récolté un type de pommes de terre danoises, appelées « Birgitta », qui nous a été donné par Nordic Gene Bank, (Banque de Gênes du Nord). Il s’agit d’un centre de recherche pour la préservation des graines locales. Notre plus grand fan était un jeune garçon de cinq ans, qui avait planté dans le jardin des tomates et des courges et nous aidait à arroser. Nous avions de l’eau qui venait d’une maison voisine, et Dieu merci parce que c’était une saison vraiment très chaude. Il est important de développer un processus de planification urbaine durable. Une des conséquences de la démocratie participative est un besoin de plus de coopérateurs. « Le jardin ouvrier de la place St. Knuts » était un projet de coopération dans lequel des personnes de différentes professions travaillaient avec des ONG et des personnes vivant dans le quartier. La culture est un bon travail, une plate-forme concrète pour des discussions politiques, parce qu’elle est un acte ambiguë sur la nature. C’est à la fois anthropocentrique et éco centrique. Cela signifie à la fois contrôler la nature dans la mesure où nous pouvons la comprendre, et faire partie de la nature. Dans le domaine politique, lorsque nous devenons propriétaires, ce changement est-il en lui-même une transition entre l’altruisme et l’égoïsme ? Ou bien à partir de quel moment la propriété foncière devient-elle une source de problèmes éthiques et environnementaux ? Nous ne demandons pas aux gens de dresser des conclusions finales sur l’influence des économies de marché sur la société, mais c’est une demande adressée à tous les citoyens, non seulement à Malmö, mais partout dans le monde, pour qu’ils réagissent face à la domination grandissante du capital financier qui atteint tous les pays du monde à travers la mondialisation. « Le jardin ouvrier sur la place de St. Knuts » a apporté une contribution non violente à cette discussion. « Le jardin ouvrier sur la place de St. Knuts » permettait de se rappeler que nous avons besoin d’espaces publics qui ne soient pas commerciaux, et dans lesquels tous les citoyens puissent se rendre. Si nous n’utilisons pas ces espaces, ils deviendront des endroits de stockage pour l’administration publique, ou pire, des lots de parking. Cet espace central était utilisé jour et nuit pendant la chaude saison de l’année 2003. Il était utilisé pour de petits concerts, des réunions sociales, comme endroit pour se reposer, faire du sport, bronzer, pour des conférences, des cultures ; les gens plantaient, récoltaient, arrosaient le jardin et s’en occupaient. Pendant la nuit, il était utilisé par les jeunes comme un en droit de rencontre, pour parler dans une ambiance plus « intime » que celle des espaces publics habituels. Nous avons pris congé de ce jardin ouvrier à la fin décembre, avec une chorale d’hommes et un sapin de Noël illuminé ; le jardin a été démonté, et les matériaux utilisés ont été envoyés pour le recyclage. En avril 2004, les fouilleurs ont commencé à détruire les jardins ouvriers de l’endroit qui se trouvait aux environs de Malmö, afin de le préparer pour des fouilles archéologiques. Cela prendra au moins quatre ans pour atteindre le plan terminé de cette zone, si ce plan est approuvé par toutes les instances. Précédemment, on a déjà vu des aires de jardins ouvriers qui ont été fermées et sont maintenant des trous béants, puisque les plans de construction n’ont jamais été concrétisés.
Les artistes dans le développement durable régional
Contexte : Le Bureau de la Société Durable est un projet qui éclaire, explore de manière expérimentable, et agit de manière concrète sur le développement durable urbain. Le projet est basé sur les artistes, et/ou les groupes d’artistes suivants : « Public Globality Gardens (S), YNKB (DK), Konstfrämjandet i Skåne (S), Nis Rømer (DK), Khaled Ramadan (DK) et Cecilia Wendt (S). Le but de cette coopération est d’amener les questions de la planification locale urbaine à un niveau signifiant, à la fois au Danemark et en Suède. Grâce à des documents et des installations, Le Bureau de la Société Durable aimerait inspirer des actions locales et développer un plan d’action qui pourrait être utilisé pour renouveler et changer la planification urbaine à l’échelle mondiale. « Le Bureau de la Société Durable » est une base active où des exemples de ses travaux, et de ceux des autres sont accessibles grâce à une bibliothèque, des archives, des vidéos, des présentations, des cassettes, un site virtuel etc. Le public est invité à venir étudier les archives lorsque le bureau organise des expositions, de différentes manières. Le but est aussi de construire des archives virtuelles, sur le site Internet du projet. Le Bureau de la Société Durable est un bureau mobile, qui se situe dans des endroits différents de la région d’Öresund. Ce projet a commencé avec le Musée de l’Art Contemporain à Roskilde, du 23 janvier au 21 mars 2004. étant donné que de nombreux artistes travaillent sur les mêmes aspects de la planification, et sur sa relation avec la durabilité, le projet a invité des artistes et des organisations travaillant dans le même contexte que les artistes à collaborer. Le Bureau de la Société Durable est en train d’organiser « Les Séminaires et Ateliers du Bureau de la Société Durable » (en 2006), dans le but d’apporter une contribution théorique dans un EXPERIEMENTARIUM. « Les Séminaires et Ateliers du Bureau de la Société Durable » ont comme objectif de créer des archives et un forum pour les artistes travaillant dans ce contexte, ainsi que d’encourager les artistes à communiquer leurs idées pour le développement de la région.
Conception et organisation : Christel Lundberg.
Construction : Sabina Jallow.
Documentation et crédits : Åke Hedström. |