Au Travail
L’économie d’aujourd’hui crée des espaces de liberté réels : les travailleurs de l’immatériel (informatique, communication, service, éducation, mode, pub...) sont de plus en plus nombreux et disposent souvent de la gestion de leur temps. Au travail/At work est un appel de collaboration ouvert et libre à tous.
Ce projet propose aux artistes et aux travailleurs de considérer leurs lieux de travail comme un lieu de résidence artistique.
Dans tous les cas, le lieu de réflexion, de réalisation ou d’intervention devient celui de l’employeur. Les membres du collectif s’approprient la culture du travail au sein même de leurs cadres de vie et se produisent eux-mêmes en utilisant, détournant ou pliant à leurs propres fins les moyens culturels et technologiques dont ils disposent au travail. Ce travail d’appropriation et de subjectivation du monde du travail, accompli sur la base d’un fond culturel commun, agit sur notre capacité ddévelopper des idées. La mission des membres est de produire ce qui n’est pas réductible à une valeur d’échange calculable. L’objectif du collectif est de reconnaître ces richesses, de les rassembler et de les rendre librement accessibles à tous. Le milieu de travail est considéré comme un champ d’expérimentation et de découverte où se jouent les rapports conflictuels entre utopies privées, nécessités collectives et réalités économiques. Les membres du collectif capitalisent sur le droit individuel des employés à l’autogestion de leurs temps libres et refusent parfois certaines conditions par la réappropriation et l’autovalorisation de ce temps. Le collectif Au travail/At work offre à ses membres un réseau de relations, des modes de partage et organise des expositions qui assurent la diffusion et la mise en commun de leurs idées, actions et réalisations. Immergé dans divers secteurs de l’économie, ce collectif dessine les figures possibles d’une nouvelle forme d’engagement. L’employé dissident est un employé modèle. Il acquitte ses tâches et répond aux critères d’exigences de son employeur. Il oeuvre souvent en secret, parfois sous le couvert de l’anonymat. Le mouvement fut initié au mois de février 2005 dans le but d’explorer et d’amalgamer des actions multidisciplinaires dans le contexte de la déclaration incessante du nouvel ordre mondial et de sa domination sur toutes les économies. Cet acte de résistance au pouvoir de la rationalisation économique néolibérale consiste essentiellement à enrichir des capacités d’action, de communication, de création et de réflexion chez les membres du collectif.
Le collectif Au travail/At work permet à chacun d’arbitrer en permanence entre la valeur d’usage de son temps et sa valeur d’échange : c’est-à-dire entre les « utilités » qu’il peut acheter vendant du temps de travail et celles qu’il peut produire indépendamment par l’auto-valorisation de ce temps. Une section anarchiste du collectif se donne comme objectif d’abandonner totalement la conception marchande-utilitaire-économiste du travail et considère le développement des capacités humaines d’imagination et de résilience comme des fins en elles-mêmes. Les membres de la section anarchiste acceptent n’importe quel travail à n’importe quelle condition et s’affranchissent des contraintes reliées à celui-ci. La victoire du nouveau capitalisme devient totale et précisément pour cela, la résistance à son emprise sur nos vies devient de plus en plus éloquente. Plusieurs entreprises sont parasitées et incluses dans un réseau territorial lui-même interconnecté avec d’autres réseaux transterritoriaux.
Bob Le Bricoleur
L’accident : le barreau de chaise dans l’oeil droit du réalisateur–cameraman renommé. Résilience. Le 9 juillet 2006, dans les bois près du village de St-Médard (Qc), Bob le Bricoleur prépare un feu de cuisson en compagnie de Aux Tomates Système et de Kate, une amie et membre du collectif Au travail/At work. En coupant les pièces restantes d’une chaise en bois bonne pour le feu, Bob le Bricoleur reçoit directement dans l’oeil un éclat de barreaux. Sa hache a dévié sur une bûche branlante et l’accident le mène, lui et ses ami (e)s, dans différents hôpitaux. L’oeil est-t-il crevé? Première expérience de terrain dans le domaine de l’art invisible, confrontation art/vie/travail. Le médecin demande à Bob si c’est un accident de travail. Bob est devant un dilemme. Alors que son oeil est peut-être crevé, il se demande : était-il au travail ? La vie/Le travail ? Le travail de la vie ? Accident de travail dans la vie de travail pour la vie ? Faire un feu pour manger. Travailler ? Bob ne voit que des lueurs sur la table d’observation. Une heure plus tard, le médecin force l’ouverture de l’oeil de Bob et lui demande ce qu’il voit. Il répond: une lumière. La semaine suivante l’oeil se répare sans dommage grâce au Détecteur d’art invisible. Les détecteurs d’art invisible permettent de vivre des moments de transition et de deuil. Les détecteurs d’art invisible donnent confiance. L’art invisible est un champ inépuisable de découverte. L’art invisible réhabilite. Au cours de la dernière année Aux Tomate Système navigue entre les statuts d’assisté social, de travailleur salarié, de travailleur autonome, d’artiste et de chômeur. Ces changements constants l’amène régulièrement à questionner la pertinence de sa participation au collectif Au travail/At Work. Une action au Conseil des arts du Canada avec Bob le Bricoleur l’amène aussi à réfléchir sur la pertinence de cette intervention dans le cadre des activités du collectif. S’agit-il purement d’une action artistique ou d’un contrat exécuté et détourné ? Ce détournement s’inscrit-t-il dans une réalité et dans un contexte plus large ? En juillet 2006, Bob se blesse à l’oeil et se retrouve, accompagné de Aux Tomates Système à l’hôpital. Dans le tumulte des tests et examens fait sur son oeil, Bob évoque l’idée de « At life » en décrivant l’expérience qu’il vit. Les acolytes se posent alors la question suivante : Est-il possible qu’il réside dans les évènements et les choses de la vie un potentiel artistique insoupçonné ?
De retour, Aux Tomates décide de détourner le manifeste du collectif Au travail/At work pour en faire At Life/Art in[vie]sible.
Texte fondateur du collectif Au travail/At work |