Académie du vent - l'artiste permanent
Fondateur de Mass Moving à la fin du siècle passé et représentant la Belgique à la Biennale de Venise 1972, Bernard Delville se défini comme artiste permanent. Il s’intéresse au vent et construit des centrales éoliennes - notamment la première au monde dont les propriétaires sont des enfants. Son travail s’inscrit dans la continuité de Mass Moving.
Le 15 août 2001 la Coopérative « Allons en Vent » voit le jour. Elle est officiellement constituée en octobre. 44 parts de 400 euros sont souscrites par des sympathisants, parents et enfants. Un mât de 30 m est installé sur le Tienne du Grand Sart. Une campagne de mesures est commandée à la société 3E. Après 14 mois de mesures les résultats sont excellents, le site pouvant être considéré comme un des bons sites en Wallonie. La vitesse moyenne annuelle à 30 m est de 5.5 m/sec ce qui laisse augurer un vent de 6.0 m/sec à 75 m, une moyenne « rentable » à l’intérieur du pays.
[...] à Mesnil-Eglise, petit village belge blotti en pleine campagne, les habitants s’interrogent. Il y a 6 mois, une première éolienne s’est élevée sur les épaules du village voisin, Finnevaux. Déjà une petite révolution. Et voici que la société « Vents d’Houyet » en annonce une seconde pour mai 2005, sur la crête du Grand Sart. Mieux : il paraît que les propriétaires seront des enfants. À en perdre son patois. « Il y a vingt ans, j’avais déjà fait des mesures ici, à une époque où le renouvelable n’avait pas droit de cité, nous raconte Bernard Delville. Aujourd’hui beaucoup de choses ont changé : les machines sont performantes, le contexte est plus propice et la revente d’électricité verte facilitée ». Un vent si favorable que cet utopiste pragmatique reçoit l’an dernier une aide confortable de la Région wallonne et de l’Europe pour installer une éolienne à deux pas de son village et dont la production suffit à alimenter l’équivalent de 250 familles toute l’année. Mais l’homme ne s’arrête pas là. Outre le plus pour l’environnement, les 100 000 € annuels tirés de la revente d’électricité verte permettent désormais à la société spécialement créée, « Vents d’Houyet », de consacrer d’importants moyens à la sensibilisation.[...] Le reste de l’argent est investi dans une seconde éolienne, qui sera financée en grande partie par une coopérative d’enfants ». Le principe est simple : avec des participations à la construction de 100 euros par part, l’enfant-coopérateur, souvent parrainé par sa famille, se verra rétribuer une partie des revenus tirés de l’énergie éolienne produite. Il devient ainsi un véritable actionnaire de l’énergie alternative. « Dans un premier temps, comme la part de fonds propres est faible, avec 500 parts d’enfants (10% de l’ensemble de l’investissement), on va d’abord rembourser la banque, explique M. Delville. Après 2 ans, en principe, un petit revenu de 2% sera alloué aux coopérateurs. Ce revenu passera à 6% dès le remboursement de la Banque, au plus tard dans 11 ans. Plus il y aura d’actionnaires, plus vite l’emprunt sera remboursé. » Le regard de Bernard Delville porte loin, tiré par son enthousiasme sans borne. Derrière cette deuxième éolienne, se profile déjà une troisième : « La démonstration est intéressante pour montrer aux communes qu’elles devraient exploiter leurs ressources renouvelables ». La formule semble en effet séduire. Parents, parrains et grands-parents viennent de partout, du sud Luxembourg à Bruxelles. Un Belge a même pris des parts pour des enfants de Dakar. « Et tous demandent qu’on leur explique l’enjeu des énergies renouvelables. C’est très important, car le conseil d’administration de la coopérative est très attentif à la pérennité du projet, estimant qu’au-delà de l’enjeu financier, le rôle éducatif de l’initiative est prioritaire ».
Académiciens en air
Pour faire ce lien nécessaire entre les collines venteuses de Mesnil-Eglise et les classes de toute la Wallonie, Vents d’Houyet s’est offert un maillon de choix : l’Académie du Vent. Ici, dans l’antique école communale de Sart-Eustache, Isabelle Van Damme et Thérèse Gobert sont venues animer les élèves de « Madame Laurence ». Sur le grand tableau vert, l’institutrice inscrit « L’effet de serre » sous la date du jour.« Qu’est-ce qui pollue ? », demande Isabelle à la petite dizaine d’enfants de tous âges, réunis en une classe unique. «Les pelures de pommes de terre», répond le petit Bastien. « Les usines », enchaîne Christophe, l’aîné de la classe.
L’animatrice, par un jeu incessant de questions-réponses, amène alors son auditoire vers les notions d’effet de serre, les différents types d’énergies fossiles et renouvelables. Avant de parcourir une journée entière, du lever au coucher, en recommandant des petits choix quotidiens - de l’ampoule économique au vélo - et en expliquant le gain pour l’environnement, donc pour nous.[...]
Source texte: Billy-Globe (le site belge du Développement durable). Paru dans la revue Sortir du nucléaire nr 28. Crédits photos: Jean-Marc Donnay
Sources photos : http://www.vents-houyet.be |