La première biennale d'architecture au Centre Georges Pompidou
La section Architecture de la Biennale de Paris vient de voir
le jour et chacun s'empresse autour d'elle. En effet, les
1000 jours de l'Architecture et l'Année du Patrimoine
suscitent, autant qu'ils regroupent, des manifestations sur
l'art de construire. Ce remue-ménage signifie-t-il que le
public se penche de nouveau, en France, sur le cadre bâti de
sa vie quotidienne, sur la qualité de ses bâtiments collectifs
et de ses logements ? Indique-t-il que l'activité des chantiers
a tellement diminué sous les coups de la crise économique
internationale, que les architectes en sont réduits à donner
libre cours seulement à leur imagination, qu'ils ressentent
davantage le besoin de s'exprimer, de se faire comprendre
ou apprécier par les maîtres d'ouvrage et les usagers ?
Est-ce le résultat d'une réforme de l'enseignement entreprise
il y a dix ans, ou les premiers effets de la nouvelle
réglementation sur l'architecture ? L'avenir seul dira si la
relance actuelle s'apparente à une lame de fond ou à un feu
de paille, si le bon grain germera, malgré les chardons qui
veulent l'étouffer et la sécheresse l'étioler.
Célébrer un baptême suscite toujours de l'émotion. Conçu
dans l'enthousiasme, dans l'espoir d'une croissance rapide et
d'une brillante réussite, le nouveau-né fait son entrée dans la
communauté des hommes. Issu de la création de ses parents
(et l'on juge à juste titre les auteurs à travers leurs oeuvres),
il veut devenir créateur lui-même et il doit forger son avenir
par sa persévérance et son expérience. La section
d'Architecture ne peut échapper à cette règle. Comme dans
toute manifestation de ce type, les oeuvres présentées ont été
choisies par un jury (correspondants nationaux et
commission spécialisée de la Biennale de Paris). Cette
cooptation, cette sélection, engagent aussi les organisateurs,
autant que les architectes choisis. La première épreuve du
nouveau-né sera la rencontre du grand public, au Centre
Pompidou qui l'accueille au titre de sa mission permanente
d'appui à toutes les formes de la création contemporaine.
Que longue vie et réussite soient données à cette tentative
courageuse.
L'« Urbanité », thème pour 1980, constitue un choix
volontairement équivoque. Elle couvre à la fois le savoir-faire
et le savoir-vivre, la compétence et la sensibilité de
l'architecte, autant qu'une nouvelle appropriation de l'espace
par l'usager, la reconnaissance du fait urbain mais la prise
en compte des préoccupations écologistes. L'architecture des
années 80 sera-t-elle empreinte surtout d'histoire, de cette si
fréquente nostalgie du passé, de ces multiples passés qui
engendrent l'éclectisme ? Sera-t-elle au contraire visionnaire
du début du XXIe siècle, puisque ce qui s'y construit doit
pouvoir survivre 50 ou 100 ans ? Oui, il faut bâtir à la
mesure de l'homme, mais cela suppose une juste intuition
des besoins et de la « mesure » de nos
arrière-petits-enfants. « II y a l'avenir qui se fait et l'avenir
qu'on fait. L'avenir réel se compose des deux », disait Alain.
Ce devrait être la devise de la jeune Biennale d'Architecture.
Jacques Mullender
Directeur du centre de création industrielle au Centre Georges Pompidou