Etudes et formation
Architecte d'intérieur (ancien membre actif du CAIM)
Urbaniste (diplômé de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Paris)
Maîtrise en lettres (esthétique Paris-Sorbonne)
Expositions personnelles
Janvier 1974, projet d'occupation de l'espace de la Galerie Léo Castelli 420 W. B'WAY, New-York
Septembre 1974, Galerie ARTEICONTACTO, Caracas
Décembre 1975, Galerie Balanci-Graham, Paris
Enseignement
Professeur plasticien polyvalent, Ecole régionale des Beaux-Arts d'Angers
Publications personnelles
1967, vomissement.
1968, que les murs du théâtre explosent.
1971, opuscule ABYSSE, 1ère tentative d'encager par les pages la musique que fait une réflexion commune sur l'art.
1976, ERRES (il y a la ville, il y a l'individu). Opus nr 65 présentation du projet «burgermeisterweg». Opus nr 72, le dessin.
1979, Ville à Penser-discours. Relier le vieil Angoulême à la ville contemporaine (Ed. Mairie d'Angoulême).
Film
Facture de ville, court métrage 35 mm, Z production, 1975
Vidéo
3 vidéo performance, artiste propaganda, studio du musée Georges Pompidou (1978)
Projets
1976, Projet d'intervention sur la réalité urbaine de Châlon-sur-Saône
1976, Projet d'intervention sur la réalité urbaine de Montataire
1976, Développement manifeste d'une réalité urbaine latente, Hambourg
1979, Paris, Promenade, 1980
bibliographie
Yann Pavie, le Quotidien de Paris, (les plans de MT), 4 décembre 1975
Gilbert Lascault, La Nouvelle Revue Française, 1er mai 1978
Charles Dreyfus, Opus nr 65, projet Burgermeisterweg.
Patrick Latreille, Humanisme, La marginalité, nr 123, mai 1978
Jens Buchsenmann, Szene Hamburg, (die leere materialisiert werden), nr 6, juin 1978
Oeuvres présentées au Centre Georges Pompidou
Projet Bürgermeisterweg.
Promenade de l'Alster mise en relation avec 17 métropoles Hambourg.
Bürgermeisterweg.
Un plan de l'espace délimité, 155 x 100 cm.
Un code du projet, 155 x 100 cm.
Un présentation de la situation de réflexion, 155 x 100 cm.
Développement du code.
52 images photographiques, 100 x 100 cm.
17 tableaux introduisant l'ubiquité aux pays cités, 105 x 145 cm.
Environnement sonore.
17 bandes sonores se référant aux lieux.
Une bande sonore commentaire.
Martial Thomas nous prend aux délices d'un piège patiemment tendu où les catégories esthétiques sont rompues pour créer un espace saturé d'informations multiples où la mise en abîme d'une figure de promenade donne forme à une superposition de grilles régies par un code savant jusqu'à ce qu'explose l'énergie d'une plasticité torrentielle emportant avec elle toutes les digues, tous les freins qu'elle s'imposa au cours d'un long processus, élaboré pendant plusieurs années, comme pour mieux montrer son irrépressible subversion. Aux figures de l'enfermement que l'urbanisation à outrance impose avec de plus en plus de raffinement, aux innombrables formes de répression qu'elles secrètent, répondent, avec de plus en plus de violence l'exigence individuelle de vivre, ne serait-ce qu'un instant, le temps, par exemple, d'une explosion. Le lieu magique où nous conduit l'art de Martial Thomas est un environnement à l'image de cet ordre urbain aseptisé, internationalement interchangeable, où jamais peut être la rêverie n'a été plus nécessaire. L'orthogonalité sans cesse affirmée, sans cesse dénoncée, est l'écho d'une quotidienneté de plus en plus contingentée qui trouve toujours de nouveaux refuges, d'insoupçonnables recoins pour y inscrire toujours ces romans que la ville accumule dans sa mémoire infinie comme autant de blessures, de parenthèses - la moindre lézarde y est promesse de gouffres béants et l'imaginaire peut y déterrer les traces d'une vérité conquise.
La promenade autour du lac de Hambourg, dans cet exact entre-deux que ménage un peu d'herbe entre l'eau et le macadam, c'est aussi le lieu de cette errance qui permet d'atteindre toutes les autres villes du monde, qui permet toutes les rencontres. Cette solitude aux prises avec cette limite circulaire est à l'image de ces jeux de reflets et de transparences par lesquels l'art a toujours repoussé ses contingences, et si cela prend ici la forme d'un labyrinthe j'y vois l'écho de ces dallages en méandre qui mettaient symboliquement les sols des cathédrales soumis au piétinement des pélerins en relation avec les forces telluriques qu'elles recouvraient et que leurs constructeurs glorifiaient par de prodigieuses élévations. Ce sont d'inextricables labyrinthes qui conduisent au rêve des villes. Aucun plan ne résiste longtemps à la ville qu'il dessine tant chaque vie y inscrit à toute force ses exigences pour la rêver comme un artiste comme un forçat en cavale chaque promenade les voue toujours à d'autres desseins. Chaque errance met le puzzle en pièces. Ainsi la promenade de Martial Thomas donne-t-elle forme à une matrice d'indéterminations et de potentialités exacerbées, où valsent les codes, où les signes visuels et sonores participent d'une féérie concrète du plan au passage à l'acte, ne fut-il apparemment qu'une simple promenade, il y a place à plus d'une altération, à bien des émotions, à de beaux bouleversements.
Œuvre hors les normes, elle multiplie les glissades et les précipices elle ouvre à la pratique artistique les dimensions d'une stratégie de l'imaginaire à la démesure d'un monde en proie à une information généralisée en renouvelant le jeu du microcosme, en déclarant la guerre aux images instituées, aux conventions formelles, aux esthétiques peureuses. II y a là comme l'abécédaire des traversées à venir, des révoltes nécessaires, du consensus à rompre. La société, prise dans son archétype urbain, et l'art, dans une pratique protéiforme, se répondent ici, soumis à un urgent et clair affrontement, en réconciliant la nécessité politique et la nécessité intérieure. Ce bel assaut de l'objectivité et de la subjectivité qui prend ici, par exemple, la forme de ces plans de villes soumis à d'innombrables arrachages, comme autant de colères, d'attentats à l'ordre des choses, renoue avec l'éloge que Breton faisait de « la lettre d'amour criblée de fautes », et des « livres érotiques sans orthographe ». Contre le discours de la
« sécurité », Martial Thomas choisit le monde urbain des « fautes » et de « l'érotisme sans orthographe », celui de ce quotidien qui subvertit et ne cesse de décrire, en plein coeur, des jardins des délices, où l'oeuvre d'art ne serait plus image fixe s'imposant au regardeur mais précepte de la connaissance, dictionnaire des possibles, thématique organisant le flux des traversées du monde urbain.
Jean-Louis Pradel |