Message de Jean-Cahen Salvador
La France a toujours occupé une place de choix dans le domaine des arts. Depuis longtemps elle est un théâtre de grandes confrontations et de fructueuses recherches. Lorsqu'en 1959, Raymond Cogniat, homme d'un goût excellent et d'une large ouverture d'esprit, organisateur précis et animateur compréhensif, attentif inspecteur général des Beaux-Arts et excellent critique d'art, lança l'aventure de l'exposition biennale des jeunes artistes, nous nous demandions avec une pointe d'inquiétude et une curiosité amicalement partiale si l'entreprise était viable. Je puis affirmer que, jusqu'à ce jour, à travers dix expositions, elle a été un succès : elle a pleinement répondu aux besoins auxquels ses initiateurs voulaient satisfaire.
A quoi pensaient-ils, en effet, en 1959, en mettant en marche le mécanisme de cette exposition internationale destinée à rassembler tous les deux ans (le principe de la biennalité a été violé cette année pour la première fois) des artistes de moins de trente cinq ans ? Ils voulaient combler un vide et permettre aux jeunes, et non pas aux artistes expérimentés, ou répertoriés, de montrer leurs oeuvres à la presse et au public ; ils espéraient qu'en sortiraient deux séries d'utiles conséquences : les exposants y prendraient conscience de la multiplicité de leurs hésitations ou interrogations et de la diversité des solutions ou réponses qu'ils leur donnaient de par le monde, nonobstant les pays ou même les continents auxquels ils appartenaient ; la presse et le public y découvriraient les tendances de la jeunesse qui
reflèteraient et transmettraient certaines préoccupations ou ambitions, qui animeraient peut-être l'art de demain. C'est le même et simple but que poursuivent les organisateurs de la biennale de 1980. Ils n'ont d'autre désir que d'offrir le cadre le plus propice à cette confrontation des attitudes et des croyances, des recherches et des solutions des jeunes artistes. Ils ne suscitent pas systématiquement d'expériences nouvelles ; ils ne les « subissent » pas non plus ; ils les acceptent comme les données d'un grave et important problème ; ils les constatent et en apprécient la valeur.
En vingt et un ans d'existence, la biennale a connu des expériences nombreuses et diverses sur le plan moral et sur le plan matériel : comment s'en étonner ? Les incertitudes, les angoisses du temps présent font des jeunes artistes des êtres inquiets, apparemment privés de joie de vivre et même de tendresse pour la vie, enclins à croire à l'animadversion du monde envers eux. L'apparition de nouveaux moyens d'expression et de nouvelles matières utilisables par les artistes, dûs au progrès de l'électronique ou de la chimie a donné naissance à des créations d'une nature ou d'une présentation fondamentalement différentes de celles qu'une longue tradition permettait de qualifier d'artistiques. Les jeunes artistes paraissent admettre aujourd'hui que leurs
messages puissent, sans perdre leur valeur, n'être pas marqués du signe de la durée. La vidéo, les matières textiles ou plastiques ne sont pas toutes en effets marquées du poinçon
« sub specie aeternitatis ». Qu'importe !... cette fragilité est peut-être un signe des temps ! Elle marque l'incertitude qu'à l'égard de toutes tendances, tous idéaux éprouvent des jeunes de moins de trente cinq ans ! La biennale juge de son devoir d'ouvrir ses salles, sans réserve aucune, aux artistes de la peinture et de la sculpture comme à ceux de la vidéo, du cinéma et de l'architecture (à ceux-ci
avec le particulier concours du Ministère de l'Environnement et du Cadre de Vie). Le public et la presse apprécieront, jugeront : c'est un droit essentiel qu'ils exerceront ainsi.
Nous remercions vivement le Ministère de la Culture et de la Communication, le Ministère des Affaires Etrangères et la Ville de Paris de l'aide constante et chaleureuse qu'ils ont apportée à la biennale nonobstant les difficultés diverses dont ils sont assaillis. Nous nous félicitons des liens de compréhension réciproque qui se sont établis entre nous et les commissaires des pays participant à notre exposition : pour faire une oeuvre commune utile, les protagonistes doivent savoir et vouloir marcher d'un même pas : à cette biennale ils ont spontanément obéi à cette sage et bénéfique discipline. Enfin à la répartition des sections, au choix des oeuvres ont activement participé critiques d'art, conservateurs de musées, maîtres de l'enseignement artistique, artistes
eux-mêmes, qui ont consacré beaucoup de leur temps à notre exposition : nous les en remercions publiquement.
Une telle exposition par définition ne peut comporter de vedettes. II ne me reste pas moins à espérer que les visiteurs de la biennale, nombreux, seront conscients et satisfaits de l'effort accompli par tous.
Jean-Cahen Salvador
Président du Conseil d'administration
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