De gauche à droite debout : Wolfgang Becker, Paul Osipow, Georges Boudaille, Muriel Wilson, Charles Goerg, Paul Delmotte, Jean-Louis Pradel, Bernard
Anthonioz.
Assis : Inge Raaschou-Nielsen, Christina Hamacher. Gijs Van Tuyl. |
La Xle Biennale de Paris offre un panorama aussi large que
possible de l'art actuel. Quarante deux pays y participent.
Les uns sont déjà entrés dans l'ère technologique, alors que
d'autres atteignent à peine l'ère industrielle. L'art étant
supposé être le reflet d'une société et d'une époque, on
comprendra que la Xle Biennale, contrairement à celles qui
l'ont précédée immédiatement, comporte des hiatus entre
des formes d'art et des styles très divers.
La sélection des artistes français a été confiée à une
commission de sélection multi-partite composée de critiques,
de conservateurs de musées et d'artistes qui a assumé le
caractère hétérogène de ses choix. Cette confrontation entre
artistes français et artistes étrangers permet à chacun de se
situer exactement sans se complaire dans une forme périmée
d'auto-satisfaction ni s'abandonner à un ridicule complexe
d'infériorité. Ce dialogue international justifie l'existence des
grandes manifestations artistiques comme la nôtre.
Quelques uns des membres de la commission française, dont
on trouvera ci-après la liste, justifient leur position dans les
pages qui suivent. Tous à travers des points de vue
divergents tendent à l'objectivité à une exception près que je
déplore. Mais je me refuse à censurer l'expression d'une
crise de conscience même si elle peut sembler hors de
saison.
Nous savons qu'aucune exposition internationale d'art
contemporain ne peut prétendre être exhaustive, que tout
rassemblement international est empreint d'arbitraire puisqu'il
dépend des modes de sélection et de la personnalité des
jurés, que la limite d'âge un peu basse - heureusement
assouplie - limite notre champ d'exploration, qu'à la limite,
notre seule ambition est de proposer une vision de l'art et
une matière à réflexion.
La multiplication des sections elles-mêmes (vidéo,
performance, cinéma expérimental, et surtout architecture)
constitue une tentative d'appréhender la création
contemporaine dans toute sa diversité. Sur chacune de ces
disciplines, plusieurs spécialistes apportent à nos lecteurs un
commentaire susceptible de les aider à comprendre et à
apprécier ces nouvelles formes d'expression.
En ce qui concerne les arts plastiques qui ont toujours été au
coeur même de notre manifestation, une réaction importante
soutenue par quelques conservateurs de musée, les
marchands et une partie de la critique se dessine depuis
quelques années face au monopole dont a bénéficié depuis
plusieurs décennies l'avant-garde internationale. Comme dans
d'autres domaines, les particularismes et les régionalismes
s'exaspèrent. Ils empruntent des formes parfois
déconcertantes, proches de la naïveté, voire d'un certain
primitivisme. Quelques critiques et historiens proposent une
tentative d'analyse de ce phénomène.
II est d'usage en ces pages d'introduction de remercier tous
ceux qui ont contribué à la réalisation et au succès de
l'exposition. Je ne manquerai pas à cet agréable devoir mais
ne feindrai non plus d'ignorer les obstacles qu'il nous fallut
surmonter. En cette période de crise économique que
traversent tous les pays civilisés, les premiers postes
sacrifiés sinon supprimés sur les budgets nationaux et
municipaux sont ceux des Arts. L'art n'est pas,
malheureusement, considéré par les hommes d'Etat comme
un produit de première consommation, et une exposition
consacrée à des talents encore en gestion - la vocation de
la Biennale de Paris étant vouée à la défense de la
jeunesse - ne peut rivaliser avec les foires internationales
d'art et autres Kunstmarkt.
La consécration est lente à venir pour les artistes mais le
bilan des Biennales de Paris passées illustre la perspicacité
de ses commissaires et la plupart des célébrités
d'aujourd'hui ont été présentées par nous à leurs débuts.
Les arts plastiques sont devenus des arts difficiles qui
exigent du public une attention soutenue et un effort de
réflexion de plus en plus grand. C'est pourquoi, les grandes
expositions internationales reflètent une crise de conscience,
et ne pourront jamais concurrencer des rassemblements
comme les festivals de musique par exemple. Peut-on les
comparer à des Jeux Olympiques de l'art contemporain ?
Hélas, en art, les résultats ne se mesurent ni en secondes, ni
en mètres. C'est dire que l'organisation de la Xle Biennale de
Paris a exigé que soient vaincues un certain nombre de
difficultés de tous ordres et celles-ci expliquent qu'elle ait été
reportée de 1979 à 1980.
Ceux qui la subventionnent, le Maire de Paris et le Ministre
de la Culture ne se sont pas dérobés à leur devoir. Le
Ministre de l'Environnement et du Cadre de Vie a assuré la
réalisation de la section consacrée à l'Urbanité dans le cadre
de la campagne des 1000 jours pour l'architecture. De notre
côté, toute l'équipe de la biennale, a été amenée à assumer
un effort accrû. Que toutes et tous en soient ici remerciés.
Le handicap financier a été partiellement compensé par de
multiples concours publics et privés et la liste de ceux
auxquels nous adressons nos remerciements est éloquente.
J'espère que tous les artistes étrangers qui viennent à Paris
sous le patronage et avec l'aide de leurs gouvernements
respectifs apprécieront l'effort qui a été fait, même si les
espaces mis à leur disposition ne correspondent pas toujours à leurs désirs. Aujourd'hui, en effet, une grande exposition
internationale ne peut plus être la simple juxtaposition d'oeuvres individuelles, elle se doit d'apparaître comme une
suite de petites expositions personnelles.
Ce catalogue est à l'image de la Biennale ; si épais soit-il, il
ne l'est pas assez. D'où la densité des textes, et le nombre
et la dimension, hélas réduits, des illustrations. Son contenu,
cependant, lui permettra -j'en suis sûr- de jouer comme
par le passé son rôle de guide pour le visiteur et de
demeurer un témoignage et un instrument de travail pour les
amateurs d'art contemporain.
II serait utopique d'espérer surmonter les problèmes de
communication entre les artistes et les publics fort divers qui
visiteront notre exposition. L'art actuel offre plusieurs
niveaux de lecture et suscite des réactions et des attitudes
diverses qui vont de l'humanisme libéral, générateur de
bonne conscience à l'analyse matérialiste qui risque de
conduire à des conclusions négatives. Encore ne
prenons-nous pas en considération ici les incidences
commerciales et l'interprétation que pourront en faire les
spécialistes du marché. Des colloques internationaux
tenteront d'analyser ces processus et d'en prévoir les
conséquences. Quoiqu'il en soit, nous assumons toutes les
conséquences inévitables du rôle de promotion que nous
jouons et qui sont la preuve de l'efficacité de la Biennale de
Paris.
Georges Boudaille
Délégué général |