Configuration horizontale
La sélection française de la XIe Biennale de Paris, de par les
démarches plastiques qui la nourrissent, est exemplaire de
comment un fonctionnement de type horizontal peut enrichir
dès aujourd'hui les recherches plastiques et théoriques.
Cette sélection souligne la réalité d'un épuisement généralisé
des recherches plastiques et théoriques sous-tendues par des
idéaux avant-gardistes, c'est-à-dire par un processus de type
vertical, qui il y a encore quelques années, canalisait la
recherche artistique dans des schémas plastiques et
théoriques essentiellement voués à illustrer et à ratifier des
vérités abolues.
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De l'angle supérieur gauche en
tournant :
Jean-Louis Pradel,
Catherine Zbinden,
Patrick Le Nouëne,
Giovanni Joppolo,
Maïten Bouisset,
Anne Tronche,
Michel Giroud,
Geneviève Breerette,
Bernard Lamarche-Vadel.
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Si la tendance générale est aujourd'hui de remettre en
question l'importance des clefs que les sciences humaines
peuvent fournir aux théories et aux pratiques artistiques,
c'est avant tout parce que l'on assiste, depuis deux ou trois
ans, à la confirmation d'un intérêt de plus en plus accru pour
les questions formelles, stylistiques. En effet, le champ
d'investigation d'un certain nombre de plasticiens et de
théoriciens concerne l'histoire de l'art, et en particulier celle
de ce siècle, comme stratification de moments théoriques et
pratiques qui se répondent, s'interpénètrent, se complètent,
alors que chacun d'entre eux, à sa naissance, se propulsait
comme instance théorique et pratique tendue vers le futur,
radicalement opposée à tout ce qui l'avait précédée.
Etre ailleurs qu'« à l'avant-garde » et se donner les moyens
d'envisager les moments théoriques et pratiques les moins
contaminés par les scories idéologiques de toutes sortes :
cela revient à se situer individuellement, en laissant derrière
soi les positions idéalistes qui se fondent sur la définition de
vérités absolues à imposer au moyen de la théorie comme
terrorisme et volonté d'intégration du symbolique dans les
carcans d'un langage unifiant, totalitaire ; cela revient à
aborder l'aventure artistique (aussi bien plastique que
théorique) en solitaire, en une plongée du moi dans la
complexité du réel et dans ce millefeuille d'apports
stylistiques qu'est l'histoire de l'art.
Les théories et les pratiques artistiques sont désormais
entrées en un lieu où les certitudes sont à chaque instant
minées, un lieu mimétique de la complexité et de la
subjectivité du réel, un lieu où se ressourcer, sans que le
millefeuille des expressions plastiques et le long parchemin
où s'inscrivent les lectures de l'art se privent pour autant de
l'apport des sciences humaines et des sciences exactes, qui
risquent elles aussi, si elles sont canalisées dans les
schémas des certitudes et des vérités absolues, de devenir
des langages de terreur.
Giovanni Joppolo |