Atelier de création radiophonique
ORTF
Jean-Marie Patte, Dieter Kaufman, Fernando Arrabal, des dizaines, des centaines d'auteurs, d'écrivains, Jean-Pierre Faye, Peter Handke, Jean Vauthier, des poètes, des dramaturges, Miron Bialochevski, Henri Pichette, Alain Jouffroy, Helmut Heissenbuttel et Henri Chopin aujourd'hui exilé en Angleterre, et Robert Filliou toujours splendidement méconnu, des compositeurs aussi et des chorégraphes, Arlette Bor, Francis Bayle, François Bernard Mâche, Oscar Araiz, sans oublier des batteurs tels Stomu Yamash'ta ou Sylvio Gualda, des pianistes, ainsi Georges Pludermacher ou Gérard Frémy, et des metteurs en scène, Jorge Lavelli créant Le cosmonaute agricole de René de Obaldia, Michel Hermon et ses petites filles modèles, Wolfram Mehring et son grillon, Victor Garcia, Philippe Adrien avec Pierre Chabert, avec Sandee Chabert, et Jan Grossman de Prague - qu'est devenu le Théâtre des Balustrades et l'écrivain Vaclav Havel dont Le rapport dont vous êtes l'objet fut présenté lors de la Biennale de 1967, le 4 octobre 1967 ? Et encore des metteurs en scène encore jeunes, Jean-Loup Philippe, Jean Gillibert, Marcel Maréchal créant Jacques Audiberti, Jean-Jacques Lebel, sans compter les formations de jazz et les groupes, lettriste, aphoniste, 58, d'étude, de réalisation, de recherche, d'essai, GRM, GERM, GMEB, CIRM, GECM, et le Théâtre laboratoire vicinal de Bruxelles, et le Phénoménal Théâtre de Guénolé Azertiope, et le Collectif de travail théâtral, etc.
Des dizaines ? des centaines ? Bien plus d'un millier de créateurs et d'interprètes d'œuvres dramatiques ou musicales ont été présents à la Biennale depuis 1959 - souvent pour la première fois en public. Les responsables de la Biennale, les membres du Conseil d'administration et les délégués généraux - Raymond Cogniat d'abord, puis Jacques Lassaigne, puis Georges Boudaille ont fort bien perçu que la confrontation d'attitudes corporelles, d'objets sonores, de jeux de la parole avec un monde de formes plastiques ne pouvait être considérée comme suspecte. Dans l'univers des images mentales le cloisonnage des genres ne peut être de mise - sans pour cela que se brouillent les fonctions assignées par chacun à l'un ou l'autre signe plutôt choisi, à l'un ou l'autre ouvrage proposé - texte ou peinture, son ou sculpture, geste, objet ou concept.
Bon gré mal gré, avec des exigences et des évidences diverses, et des fortunes diverses aussi, l'oeuvre de toute époque charrie en elle nombre de matériaux intellectuels et sociaux de son époque, draine avec elle dans son temps et va irriguer toutes les émotions. A la Biennale de Paris, plus sensiblement qu'ailleurs, a toujours surabondé ce quelque chose, cet état de choses - errements parfois, parfois saisissements - quant aux points mouvants de notre immédiate histoire. C'est cela qu'il faut maintenir, dans toutes les disciplines -ce travail-là. Vainement peut-être, mais avec une force tenace, l'essai, l'épreuve se doivent de rappeler leur soif d'insubordination à l'approuvé. L'expérience n'est pas l'expérience qui se veut acquise, assise, qui refuse de se faire et de se défaire, de se méprendre et de se reprendre, au jour le jour. L'important est que, de Biennale en Biennale, demeure ouvert le champ de toutes les expérimentations. Dès lors, parmi les ouvrages peints ou sculptés, mobiles ou immobiles de la 8e Biennale - et si limités que soient les moyens financiers réduits cette année à la seule contribution de l'ORTF/Atelier de création radiophonique - dès lors, seront proposées une quinzaine de manifestations musicales, théâtrales, chorégraphiques, poétiques. Abouties ? Inabouties ? Pour quoi ? Une quinzaine de spectacles ou concerts - c'est peu. Oui. Dans deux ans nous en proposerons plus, peut-être. Et tout différemment - certes.
Alain Trutat