Un hangar, des cables et des baches
En visitant la Vlle Biennale de Paris, l'habitué des musées
et des expositions parisiennes a le droit d'être surpris. Nous ne
sommes plus ici au Musée d'Art moderne de la ville de Paris avec
ses pierres de taille, ses faux plafonds de staff et son sol de marbre,
mais bel et bien dans un hangar, au milieu du parpaing brut, des poteaux
de fonte et sur une chape de béton irrégulière qui,
par endroits, n'a même pas réussi à recouvrir les rails
et les vieux pavés de l'ancienne cartoucherie. Et rien, dans le dispositif
d'exposition adopté, n'est fait pour le faire oublier : le déroulement
d'un réseau de câbles et de bandes de toile incite même
à observer les po-teaux et les tirants servant de support.
Pourquoi cet abandon du système classique d'exposition ? Pourquoi
ces blocs de parpaings, ces câblages apparents et ces bâches
de couleur ? Essentiellement pour deux raisons :
La première tient à ta nature et au caractère des locaux,
où n'importe quel faux plafond, rail d'aluminium ou toute moquette
n'auraient pas manqué de prendre un côté sophistiqué
et maniéré.
La seconde tient à l'utilisation optimale d'un budget d'équipement
ne permettant pas d'adopter les principes connus (le budget n'étant
pas plus élevé pour l'achat du matériel d'équipement
total dans ce hangar que pour la location du matériel d'appoint dans
des salles de musées équipées deux ans auparavant).
Ceci nous à conduit, d'une part à une analyse et une contestation
du rôle de chaque élément nécessaire à
l'organisation de l'exposition, d'autre part à envisager des systèmes
à base d'éléments industriels très bon marché
(tubes d'échafaudages, canalisations, etc.).
C'est finalement un système à base de câbles et de bâches
qui est retenu, car il permet d'utiliser la forêt de poteaux existants
comme élément primaire de la structure adoptée.
En fonction du programme et des circulations, un réseau de câbles
est tendu à 2,20 m de hauteur; il permet de dérouler les
bandes de toile suspendues à l'aide de crochets S et d'oeillets.
Plusieurs cheminements sont possibles à partir du même réseau,
chaque croisement de câbles offrant une alternative. Ces derniers,
soulagés par des suspentes attachées aux tirants, servent
de support aux oeuvres. Ils peuvent, doublés ou triplés,
augmenter la hauteur de cimaise ou permettre l'accrochage de spots orientables.
Mais l'exposition comprend également un lieu de rencontres où
près de quatre cents personnes peuvent s'asseoir, des salles de
spectacles, diverses salles de projections... Nettement dissociés
du réseau de câbles, ces différents éléments
ont été construits en parpaings bruts, la difficulté
était de les intégrer à l'exposition.
L'introduction de matelas et de bandes de coussins en bâche se prolongeant
dans la charpente, a permis de créer une unité basée
sur les jeux rythmiques des différentes toiles prolongeant sièges
ou cimaises.
Au sol, la signalisation par larges bandes de couleur suivant le cheminement
créé essaye de souligner le principe adopté.
Un regret pourtant au niveau de l'exposition : que les moyens financiers
n'aient pu permettre une recherche au niveau du détail. Mais qu'importe,
il y a peu de place ici pour le perfectionnisme et notre but est tout
de même atteint si, comme il se doit dans une manifestation de jeunes,
cet aménagement témoignait d'un certain esprit...
Jean Nouvel et
François Seigneur |