Turquie
Commissaire national : Bedri Rahmi EYÜBOGLU.
Professeur à l'Académie des Beaux-Arts.
Notre inoubliable professeur, le peintre Calli, à l'âge
de 5 ans, participant à une étrange et pénible croisade,
crevait les yeux des bonhommes qui ornaient les cartons d'allumettes.
Créer des êtres vivants n'était pas l'affaire des
mortells. Se mêler aux affaires de Dieu était considéré
comme un outrage à châtier sans pitié. Ce même
peintre, voyant à l'âge de 18 ans, pour la première
fois dans une vitrine une reproduction' de la fameuse main de Michel-Ange,
en fut à tel point touché, qu'il considéra cet événement
comme un point décisif dans sa carrière picturale.
Dans le jardin pictural turc, les motifs avaient une peur bleu d'être
un lapin, ou un chasseur ; les fanatiques religieux non seulement crevaient
les yeux des lapins et des chasseurs, mais même les roses et les
ceillets y passaient. Dès que la religion accordait un soufle de liberté, les
roses, les oeillets, les lapins surgissaient dans les tapis, broderies
et tapisseries des provinces européennes de l'empire ottoman.
Le grand Cézanne disait : "La peinture est une harmonie
parallèle à la nature". La vie qui animait les arts
décoratifs turcs n'avait rien en commun avec la nature. Autant
l'avion ressemble à la colombe, et le bateau à la baleine,
autant le tapis paysan turc (kilim) ressemble à un champs de coquelicots.
Les deux artistes que nous avons choisis vous appor-teront une certaine
saveur de ce jardin. Vous y gouterez le rythme discret de nos petits villages
et de notre belle Istanbul. Madame Oya Katoglu est la fille d'un de nos
grands peintres : celui qui découvrit le premier la richesse infinie
des arts décoratifs paysans. Si le père planta l'arbre,
la fille en récolta les fruits.
Notre graveur Gündüz Gôlônü, qui a étudié
la gravure chez les grands maîtres de Paris, vous apporte un bouquet
combiné des anciens maîtres miniaturistes d'autrefois et
d'Istanbul aujourd'hui. Mais juste au moment au moment où l'art
turc se mettait au pas de l'Occident, la peinture abstraite fit son apparition
et les valeurs décoratives, qui n'ont rien en commun avec la nature,
prirent une importance capitale. Les peintres turcs qui, depuis le début
du siècle, étudiaient et observaient la nature, se sont
trouvés tout à coup sans appui.. Le travail cérébral
remplaçait tout. Un tapis paysan conçu sans croquis, sans
dessin, sans un coup de crayon prenait une nouvelle valeur.
Quant à nos sculpteurs, l'entourage n'est pas tellement accueillant.
Le mot "pout" a signifié durant treize siècles
le plus grand ennemi des musulmans. N'importe quelle sculpture était
un "pout" à casser et on n'en a pas mal cassé...
Les sculpteurs choisis s'expriment plutôt avec un langage qui est
universel.
Tamer BASOGLU
(sculpture)
Gündüz GOSLBNÜ
(gravure)
Oya KATOGLU
(peinture)
Füsun ONUR
(sculpture) |