Chypre
Commissaire national : Tony SPITERIS.
Conseiller artistique de la République de Chypre.
Comme nous expliquent ses organisateurs, la Biennale des Jeunes a voulu,
cette année, sinon renouveler des structures, tout au moins faire
preuve de sa jeunesse en proposant une manifestation cohérente
qui puisse refléter les tendances les plus poussées dans
tous les domaines. Ainsi, permettant la confrontation de l'oeuvre d'artistes
venus des quatre coins du monde, il est à espérer qu'elle
donnera un bilan fécond de l'art de notre temps.
Chypre n'a pas voulu faire défaut à cet appel et elle s'est
fait représenter par trois de ses artistes, dont le travail comporte
un souci de renouer le contact avec le public par une remise en cause
des moyens traditionnels pour les uns (Sfikas, Makridis), ou par l'utilisation
de moyens plus classiques, mais où l'intervention du spectateur
est plus directe (loakim). Le tempérament sensuel de Sostas loakim
s'exprime par la mise en valeur de la couleur et de la forme qui s'inspirent
de la nature. II transpose un élément de base comme le feuillage
en un symbôle de portée universelle, représentatif
du cycle de la vie et de la mort.
Cette participation au sens de l'universel, il nous la fait sentir par
la création d'un environnement où une suite de structures
ondulatoires, mélodiques se suivent en flottements continus, rampant
du sol aux parois, pour revenir vers la terre et s'échapper vers
le ciel. II s'agit d'une fête chromatique où les coloris
rutilants coulent, s'épanchent; se projettent dans toutes les directions,
en un réseau sinueux et mouvementé qui envahit le spectateur.
II s'agit d'une couvre qui s'adresse à une appréciation
intime, au plaisir de celui qui se fait complice de la joie du regard.
Sur un tout autre plan se présente Georges Sfikas. On ne peut
assimiler son comportement à une école ou à un mouvement.
Fout au plus, pourrait-on dire qu'il courtise avec l'art conceptuel,
étant donné que, comme celui-ci, il ne modifie pas son -
attitude envers le monde, il ne change pas sa position face à l'univers.
Sfikas suit une démarche parallèle en employant des moyens
d'expression différents. Ainsi ses drapeaux (Blue) révèlent-ils
de ses expériences américaines et son "Corner"
suit-il la lignée des structures primaires, dont l'austérité
est cependant égayée par la présence de l'esthétisme
recherché de la croix en bois. Cette formulation esthétique
est encore soulignée dans son "Miroir" où
l'illusionisme de la surface reflétée accuse nettement son
intérêt décoratif.
L'option adoptée par le troisième exposant, Ange Makridis,
est celle de l'indifférence vis-à-vis de l'objet, une indifférence
froide qui se traduit par une neutralisation de ses sentiments envers
l'oeuvre elle-même mais non pas envers son contenu. Un relief
composé d'un barreau de fer noir posé sur un fond blanc
en mousse molle, qui donne l'apparence d'un mur blanchi à la chaux,
ce même motif répété par trois fois symbolise
clairement les fenêtres d'une prison. Motif politique qui, par ses
prolongements, rappelle d'une façon douloureuse la situation existante
dans bien des pays. Acte de protestation et engagement qui s'exprime par
des moyens très dépouillés, antilittéraires
mais contenant dans leur mutisme une grande force de persuasion sans recourir
à l'arsenal d'un vocabulaire officiel.
loakim COSTAS
(architecture)
Aagelo MAKRIDES
(intervention)
Georges SFIKAS
(intervention) |