L'aliment blanc de Malaval
II n'est pas douteux que l'extraordinaire floraison d'écoles et
mouvements de peinture à laquelle nous assistons depuis un siècle,
réponde, chez les artistes et les critiques, au besoin de battre
monnaie et de mettre en circulation, parallèlement à l'art,
une parole pour le parler, c'est-à-dire à la fois l'échanger,
l'accueillir et le réfléchir. Et s'il est toujours trop
tôt pour reconnaître le dernier visage de l'art, c'est peut-être
qu'au moment où nous pouvons évaluer la valeur de cette
parole il est déjà trop tard. Comme si nous n'avions le
choix qu'entre une parole vivante, mais aveugle, et une parole précise
mais déjà fossile.
Là-dessus arrive Malaval. II fait alors une peinture dure (de grain)
et éteinte (de tons), qui finit, vers 1961, par quitter la toile,
perdre son (faible) éclat, et envahir meubles et objets d'une lave
blanchâtre, avec, ça et là les traces rosâtres
de sa métamorphose future : c'est l'aliment blanc dont le destin
métaphorique culminera en 1964 dans quelques manifestations de
haute tenue baptisées (comme par désespoir) aliment blanc
cultivable. A qui sait voir, l'aliment blanc est le refus de toutes les
valeurs musicales de la peinture : la couleur, la lumière, la vibration,
le chant. L'aliment blanc ne chante pas. II est blanc (enfin à
peu près) et se tait.
Malaval ne croit pas à la main - sinon comme en un instrument
plutôt mal adapté aux fins qu'il entend poursuivre. A l'heure
où certains peintres se laissent tenter par l'expérience
dérisoire de la reproduction mécanique de leurs couvres
(dant le but d'élargir le marché), Malaval vise une transformation
plus radicale des rapports qui lient l'art à ses consommateurs.
Les moyens mécaniques mis aujourd'hui à la disposition de
l'artiste ne doivent pas seulement servir à reproduire les couvres,
mais à les fabriquer.
Et à les fabriquer en série, s'il est vrai qu'il faut porter
un dernier coup au dernier rempart de l'art : son unicité.
André S. Labarthe
Galerie Daniel Gervis
34 rue du Bac
75006 Paris
Exposition du 22 septembre au 25 octobre 1971.
Vernissage le mercredi 22 septembre à 17h00. |