Galerie Darthea Speyer
II me paraît clair que la peinture d'aujourd'hui n'est pas tributaire
de conditions locales, d'écoles nationales, de conventions isolées.
On ne peut pas dire par exemple que Deborah Remington soit plus proche
de Georgia O'Keffe que de Francis Picabia.
Cependant, comme c'est le cas pour tous les artistes, son talent a mûri
dans des circonstances particulières qui ont, sans aucun doute,
laissé sur son oeuvre une empreinte spécifique. Je pense
que le fait d'avoir étudié la peinture à l'Ecole
des Beaux-Arts de Californie, de 1949 à 1952- à une époque
où les théories dynamiques de Clyfford Still, Mark Rothko
et d'autres expressionnistes abstraits étaient avidement assimilées
- je pense que ce fait lui a donné une orientation marquée
par le grand sens de la liberté caractéristique du mouvement.
Deborah Remington, qui avait commencé à travailler librement
avec des pigments épais et sur des formes abstraites, est parvenue,
avec les années, à traduire ses impressions en une langue
plus concise et plus rigoureuse sans faire violence à sa conviction
essentielle, à savoir que chaque tableau est unique et que chacun
représente le genre de voyage dans l'Inconnu qui avait soutenu
les ardeurs des expressionnistes abstraits d'antan.
La préférence que témoigne Deborah Remington pour
les violets profonds, les lie-de-vin, les gris-fumée, illuminés
par des flambées de rouge ou d'orangé brillant, contribue
à donner à chacune de ses images son caractère fantômatique.
Grâce à sa manière de nuancer les couleurs et d'éclaircir
les contours, ses espaces vont de l'infini à l'infinitésimal.
Et ses images paraissent souvent flotter dans de grands paysages nocturnes
aux limites indéfinissables.
Extrait de la préface de Dore Ashton
Galerie Darthea Speyer
6 rue Jacques-Callot
75006 Paris
Exposition du 29 septembre au 29 octobre 1971.
Vernissage le mercredi 29 septembre de 18h00 à 21h00. |