Introduction
En plaçant cette sixième manifestation sous le signe des travaux
d'équipe et des oeuvres collectives, nous pensons être fidèles
à la vocation, déjà affirmée en ce domaine
par la Biennale de Paris et répondre à une nécessité
qui devient générale chez les jeunes artistes et le public.
Lorsque Raymond Cogniat prit la décision, il y a quelques années,
d'exposer les premiers travaux d'équipe, il fut aidé par quelques
grands
artistes, dont Adam, qui n'hésitèrent pas à se mettre à la tête de ces entreprises. Aujourd'hui, c'est un
mouvement naturel qui pousse les artistes à se grouper entre eux,
à se compléter ou se contredire pour dépasser l'expression
de sentiments individuels et rencontrer les exigences collectives d'une
nouvelle société qui se forge.
Ces travaux revêtent
les formes les plus variées. Les uns ne sont encore que des rêves,
auxquels il ne manque parfois que l'occasion de se concrétiser.
Nous nous sommes efforcés d'en accueillir le plus grand nombre et
d'aider dans la mesure de nos moyens - hélas bien faibles - à
cette nécessaire concrétisation. Le CNAC a bien voulu
y contribuer également.
On verra donc non seulement des maquettes exposées ou projetées
dans les cyclotones, mais des oeuvres réalisées parfois dans
de très grandes dimensions, d'une façon provisoire ou définitive.
Cet effort systématique pour aider les groupes et les équipes
à prendre conscience de leur importance et de leurs possibilités,
ne doit pas cependant nous faire oublier la valeur des efforts personnels
de création. Toutefois, nous avons demandé aux différents
pays de limiter leur participation à un artiste dans chaque discipline
individuelle, afin de pouvoir réaliser une confrontation significative
entre les meilleurs représentants des jeunes générations.
Ainsi, je l'espère, se trouvera justifiée la nouvelle présentation
que nous allons tenter: des oeuvres confrontées direc-tement pour
elles-mêmes, en dehors de toutes considérations nationales
dépassées.
Je voudrais dire ma gratitude aux Commissaires des différents pays
qui, avec tant de compréhension et d'enthousiasme, ont accepté
le programme tracé, ce qui leur créait de bien lourdes responsabilités.
Les envois, cependant, répondent à notre attente et leur qualité
se posera souvent en exemple à nos artistes. II en résultera,
nous le pensons, une variété et une richesse de suggestions
que n'avaient pu atteindre les Biennales précédentes.
Par ailleurs, des problèmes d'installation particuliers ont dû
être résolus. Les travaux de réfection du Musée
d'Art Moderne de la Ville de Paris ont empêché l'utilisation
des étages supérieurs de ce bâtiment et la circulation,
devenue traditionnelle, dans une architecture du reste médiocre.
Pour compenser en partie cette réduction de surface, la Direction
de l'Action Culturelle de la Ville de Paris et la Conservation du Musée
nous ont octroyé tout l'étage inférieur où les
conditions d'exposition sont certainement bien meilleures.
Nous avons rencontré une égale compréhension à
la Direction des Musées de France et auprès de la Conservation
du Musée National d'Art Moderne qui ont bien voulu, pour la première
fois, nous permettre d'utiliser une partie de leurs salles se trouvant au
même niveau que celles de la Ville. Nos architectes ont pu ainsi concevoir,
afin de relier ces lieux, un dispositif extérieur pour la présentation
d'un ensemble de sculptures monumentales. Je pense que l'expo-sition gagnera
beaucoup en homogénéité, cette présentation,
en quelque sorte collective elle aussi, correspondant mieux à notre
programme.
Plus encore que par le passé, cette VIe Biennale s'accompagnera
de projections systématiques au-delà de son centre et jusque
dans la proche banlieue. En liaison avec elle, des manifestations annexes
permettront, grâce au Musée Galliéra mis à notre
disposition par la Ville de Paris, comme par le recours à un certain
nombre de galeries et de centres culturels, de compléter sur beaucoup
de points l'exposition centrale groupes de jeunes artistes étrangers,
confrontation d'artistes résidant à Paris, ouverture d'une
salle de création à laquelle participera le public, hommage
rendu à des artistes disparus ou qui ne peuvent être présents
à Paris. Cet effort correspond d'ailleurs à celui de décentralisation
que nous poursuivons dans le domaine du théâtre.
En effet, cette année, les spectacles de la Biennale se dérouleront
simultanément dans plusieurs théâtres, ce qui nous permettra
d'assurer de plus nombreuses représentations à chacune des troupes
sélectionnées. Nous espérons qu'elles apporteront,
comme il y a deux ans, un élan et une explosion d'apports nouveaux
à l'ouverture de la saison théâtrale.
Enfin, grâce à la collaboration de l'ORTF, un programme
musical important a pu être établi ; il comprend des ceuvres
venues de nombreux
pays et plusieurs créations commandées en cette occasion.
II sera diffusé dans l'auditorium que nous avons aménagé
avec l'aimable concours de l'ARC.
Telle sera notre VIe Biennale de Paris : Nous espérons
que les efforts passionnés des artistes rencontreront l'adhésion
et la réponse
d'un public fraternel et que cette manifestation marquera un jalon nouveau
dans la création d'une nouvelle société.
Jacques Lassaigne |