Allemagne
Commissaire général Thomas Grochowiak
Directeur des Musées de la Ville de Recklinghausen
L’amateur qui suit attentivement les remous artistiques et les évolutions
de la jeune peinture de la République Fédérale Allemande
(et cela peut se faire chez nous grâce à des expositions et
à des prix réservés aux jeunes chaque année
en des villes différentes telles que Stuttgart, Mannheim, Baden-Baden
ou Recklinghausen) remarquera certainement que nos jeunes artistes sont
plus que jamais "chez eux" par tout dans le monde.
Beaucoup plus
que la génération précédente, on les rencontre
aujourd’hui, à Paris aussi bien qu’à New York,
Rome, Amsterdam ou Tokyo, toujours avec la même curiosité,
le même enthousiasme et le même scepticisme. Ils ne sont plus
isolés et ne veulent plus l’être. Les voies et les moyens
de participation sont aussi multiples chez nos jeunes artistes que partout
ailleurs, mais ils ne perdent pas de vue que la flagellation des toiles,
l’enivrante torture des pierres et du bois semblent s’épuiser.
C’est le recours objectif aux possibilités de ce monde et aux
impondérables de nos rêves qui caractérisent les images
et les plastiques de nos jeunes créateurs. Konrad Klapheck se confie
aux machines que nous côtoyons chaque jour chez nous à la maison
ou au bureau. Il les observe et les décrit avec "méticulosité"
et les utilise comme médium de ses désirs secrets et de ses
idées. Si nous les interrogeons, elles parlent à notre conscience
ou elles commencent è nous persuader de la réalité
de nos rêves. Jochen Hiltmann libère le feu de l’acier
et quand ta matière lui obéit, il coule, du métal en
fusion, des boulets qu’il attaque au fer à souder pour libérer
le noyau des scories du moule, tendu à la limite de l’éclatement,
révélant ainsi des trouvailles inattendues. Les plaques profilées
de feuilles d’aluminium de Heins Macks sont des hommages à
la lumière. L’artiste donne un rythme aux plaques métalliques
en y imprimant des structures, il laisse couler la lumière sur elles,
les changements de sa direction et les variations de son intensité
modifient la surface et les reliefs; et se déplaçant çà
et là, la danse des reflets vibrants, transforme la gravité
du métal en un vol plané se mouvant dans des espaces lointains
comme un rêve. Les images d’un blanc d’hermine formées
par des clous de Uecker ne reçoivent aussi leur réalité
que par l’apport de la lumière. Ses champs et dispositions
de structure formés de douces ondulations connais sent le langage
du vent et le chant méditatif des choeurs pré-grégoriens.
Parfois, il enfonce ses clous dans des tables, des chaises et même
des pianos, les rendant parfois aussi effrayants que les figures-fétiches
africaines dans lesquelles le primitif, poussé par la force de la
magie, a enfoncé des centaines de clous venant d’Europe.
Macks et Uecker forment avec Otto Pienne le groupe Zéro. Dans leurs
manifestes, ils vantent la pureté de la couleur, la fascination de
la lumière, la beauté du mouvement freiné et la possibilité
du changement. Leur travail d’équipe en est la preuve.
Bernd Volkle montre que l’usage des moyens traditionnels - toiles,
pinceaux et couleurs à l’huile - n’implique pas une perte
d’originalité et d’actualité. Ses drapeaux brossés
avec tempérament apparais sent comme de véritables signaux
tandis qu’Axe (Knopp fait jaillir des lettres de plomb, une source
d’associations humaines et techniques en rapport avec tout ce qui
touche au sexe. Les découpures en linoléum de couleurs simple
ment et clairement assemblées de H.M. Erhardt dont les valeurs placées
l’une près de l’autre vibrent sourdement, nous informent
de l’abandon des êtres vivants et des choses qui, dans l’isolement
de l’espace attendent des rencontres et des réponses.
Pour
la première fois, l’Allemagne Fédérale présente à Paris les travaux de jeunes décorateurs de théâtre.
Ce sont des modèles de décorations, des propositions et des
expériences destinées à jeter le trouble dans les routines
existantes. Les partitions des compositeurs Dieter Schônbach, Roland
Kayn et Ernst-Albrecht Stiebler - trahissent du premier coup d’oeil
qu’on peut non seulement les lire mais qu’on peut aussi en jouir
en tant que graphique sculptural. Ces partitions nous montrent que les possibilités
de la musique et de l’art plastique se sont rapprochées d’assez
près. Avec juste raison, Roland Kayn constate : "La dispersion
de la sonorité et les différentes possibilités de la
dispersion de la couleur en tant que diversion, fléchissement ou
bri sure de sonorité, correspondent à des événements
semblables dans le domaine de l’optique. Les sons se rencontrent,
se compriment, se séparent, sont pour ainsi dire forcés de
passer à travers des ouvertures, déchirés, amoncelés
et transformés en structure granulaire. Ces spécifiques apparitions
s’expliquent en raison du fait que la matière devient énergie
et se transforme en une vibration absolue."
La contribution allemande en matière de cinéma se limite au
film sur Max Ernst réalisé par Schamoni, hommage discret mais
impressionnant à l’artiste et aux oeuvres de son monde fantastique.
Thomas Grochowiak
Peinture et dessins
Konrad KLAPHECK
Né en 1935 à Düsseldorf (AIlemagne)
Les descendants, 1960 (huile, 65 x 75), Coll. Lilo Klapheck
Volonté de puissance, 1960 (huile, 90 x 100)
Les mères, 1960 (huile, 110 x 135)
Les derniers, 1960 (huile, 65 x 81)
Alphabet de la passion, 1961 (huile, 60 x 65), Coll. Lilo Klapheck
La sexbombe et son compagnon, 1963 (huile, 90 x 70), Coll. von der
Heydt, Musée Wuppertal
Heinz MACK
Né en 1931 à Lollar (Allemagne)
Relief lumineux Pyramide lumineuse, 1965 (aluminium sur bois, 100 x 120)
Relief lumineux : Fata Morgana, III, 1965 (aluminium sur bois, 130 x 170)
Relief lumineux : Souhaits à Yves Klein, 1965 (aluminium sur bois,
139 x 102)
Gunther UECKER
Né en 1930 à Mecklenburg (AIlemagne)
Bettina, 1964 (clous sur toile, 150 x 150)
Champs en mouvement, 1964 (clous sur toile et bois, 150 x 150)
Bernd VOLKLE
Né en 1940 à MQllheim (Allemagne).
Nuit d’hiver, 1961 (huile, 190 x 160), Coll. Slg, Schulze Vellinghausen,
Dortmund
Sombre drapeau, 1965 (huile, 175 x 145).
Drapeau, 1965 (huile, 140 x 175), Coll. Slg, Schulze Vellinghausen,
Dortmund.
Sculpture
Jochen HILTMANN
Né en 1935 à Hambourg (Allemagne)
Tête de femme, 1964 (bronze, 20 de diamètre, 19 de profondeur),
Coll. M. Rosborough, St. Louis
Pied de femme, 1964 (20 de diamètre, 20 de profondeur),
Coll. Galerie I’Attico, Rome (Italie)
Pour A.R. et C.B., 1964 (bronze, 140 x 120 x 86), Coll. Galerie Odyssia,
New York (USA)
Sans visage, 1965 (bronze, 25 de diamètre), Coll. Galerie
l’Attico, Rome (Italie)
Heinz MACK
Né en 1931 à Lollar (Allemagne)
Lumières en forêt, 1965 (aluminium, 83 x 56
x 56), Coll. Willy et Fânn Schniedwind Néviges
Gûnther UECKER
Né en 1930 à Mecklenburg (Allemagne)
Table, 1963 (clous sur bois, 80 x 80 x 90)
Chaise, 1963 (clous sur bois, 50 x 50 x 100)
Plateau rond illuminé, 1964 (clous sur bois, 150 de diamètre,
30 de hauteur)
Gravure
Hans Martin ERHARDT
Né en 1935 à Emmendingen irn Breisgau
(Allemagne)
Acte sans paroles, de Samuel Beckett 5 linogravures 1965 (linogravures,
35 x 30)
Axel KNOPP
Né en 1942 à Bemen (Allemagne)
Esso-hef 9-64, 1964 (97 x 118), Coll.
Stâdt, Kunsthalle, Recklinghausen (Allemagne)
Esso-hef 10-63, 1964 (matériel d’imprimerie, 96 x 122)
Esso-Stripact noir, 1965 (214 x 101),
Coll. Stàdt, Kunsthalle, Recklinghausen (AIlemagne)
Section travaux d'équipe
Moulin Lumineux, 1964 (aluminium et clous, 220 x 130 x 80)
Réalisé par le Groupe Zéro
Heinz MACK
Né en 1931 à Lollar (Allemagne)
Otto PIENE
Né en 1928 à Laasphe (Allemagne)
Giinther UECKER
Né en 1930 à Mecklenburg (AIlemagne) |