Iran
Commissaire général : Akbar Tadjvidi
Directeur Adjoint à
l'École Supérieure des Arts Décoratifs de Téhéran
A cette IIIe Biennale de Paris, nous nous contentons de présenter
quatre jeunes peintres personnifiant chacun l'un des nombreux aspects
de la peinture actuelle en Iran. En effet, des courants divers ont traversé
depuis quelques années les recherches de nos jeunes artistes, prêtant
à chacun le langage qui l'aiderait à s'exprimer le plus
efficacement possible. Ceux-ci, ne sont ni étrangers aux grands
mouvements produits dans ce domaine en Europe, ni inconscients de l'héritage
pictural lourd et enrichissant de leur pays d'origine ; d'où la
diversité de leurs recherches et la complexité de leurs
synthèses. Dans notre sélection, Pilaram personnifie la
continuité picturale iranienne. Sa peinture relie le présent
au passé, sans toutefois rester pour autant dans la limite de la
répétition et du pastiche. Ses gouaches, d'une dimension
souvent monumentale, ne sont pas étranges aux yeux de ceux qui
sont familiarisés avec l'École de Tabriz et celle de Herat.
La préciosité de la matière, l'exécution minutieuse,
l'organisation de l'espace à deux dimensions, les surfaces colorées
vibrantes, la netteté du dessin, l'emploi ordonné du graphisme
et de la calligraphie, rendent ses ceuvres dignes d'un peintre persan.
Et pourtant, Pilaram est, en vertu de l'interprétation individuelle
de son monde intérieur, un peintre de son époque. II suit,
avec fidélité, l'évolution naturelle d'une peinture
qui lui avait été inspirée par les mêmes impératifs
qui eussent amené dans le temps les miniaturistes et les enlumineurs
persans à remplir leurs tableaux de signes évocateurs, d'une
vision mentale englobant la nature entière et la rendant, en petit<
à la mesure de l'homme. Quant à Bahman Mohassèss,
autre figure de la peinture contemporaine de ('Iran, aux couleurs fraîches
et d'un style qu'affectionnent depuis quelques années nombre de
peintres abstraits, il représente par excellence le peintre persan
puisant dans les apports occidentaux certes, mais ayant malgré
lui, des liens très profonds avec cette terre d'Asie, vieille comme
le monde. Le sens dramatique qui se dégage de sa peinture et la
vision apocalyptique qui s'en émane, et autant de considérations
poétiques mais inquiétantes, rattachent sa peinture à
celle d'une lignée d'artistes trop préoccupés des
problèmes de notre époque. Originaire de Recht, cette ville
du littoral de la Caspienne, au climat tropical, il était, dès
le début de sa carrière de peintre, attiré par la
mer, la fluidité, l'abondance et la profusion. Dégagé,
à force d'un travail contenu et sans relâche, il s'est, depuis
quelques années, libéré complètement des liens
qui l'attachaient à la réalité objective et est arrivé
dans sa peinture à une matière riche et élaborée
qui remplace toute légende et qui est la légende même.
Mohassèss nous fait savoir que, plus l'artiste s'éloigne
dans son travail de la réalité objective, plus il a besoin
d'enrichir le fond de son oeuvre par l'essence des réalités
intérieures qui constituent la conscience créatrice de l'artiste.
La troisième figure de notre participation est V. Afchar, aux aquarelles
toutes originales dont nous ne pouvons, faute de place, présenter
malheu-reusement qu'une seule aeuvre. La peinture de Afchar nous amène
dans le monde fantastique et imaginaire des enfants et nous captive par
une richesse d'inventions décoratives empruntées aux rêves
d'enfance. Sa peinture est une véritable évasion de la grossièreté
des problèmes par trop fastidieux de la vie courante.
L'oeuvre de Afchar est, dans sa modestie inhérente, le miroir posé
devant l'âme visionnaire d'une artiste pour qui le jeu désintéressé
de la couleur, soutenu par des traits onduleux et rythmiques, est la base
de la création artistique. La franchise toute particulière
qui se dégage de l'ceuvre de Afchar et le côté décoratif
de ses aquarelles font de cette jeune artiste la représentante
la plus fidèle de bon nombre de jeunes artistes iraniens dont les
recherches actuelles peuvent se situer sur le même plan. Puissent
les ceuvres de ces trois artistes, différents
les uns des autres, mais appartenant tous trois à - une même
École, celle de la peinture moderne de l'Iran, donner une idée,
ne fut-ce qu'incomplète de l'art pictural contemporain de notre
pays.
Akbar Tadjvidi
P.S. Les oeuvres de Kamran Diba sont arrivées trop tard pour nous
permettre de les commenter dans cette préface.
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Section arts plastiques
Peinture et dessin
Victoria Afchar
Née en 1935 à Zandjan (Iran)
Aquarelle, 1962 (aquarelle, 78 x 54)
Kamran Diba
Né en 1936 à Téhéran (Iran)
Nous sommes suspendus dans deux petits trous, 1963 (assemblage, 111 x
82)
Nous nous amusons bien au milieu des plaisirs, 1963 (assemblage, 111 x
82)
Faramarz Pilaram
Né en 1936 à Téhéran (Iran)
Composition n° 11, 1963 (gouache, 198 x 135)
Composition n° 33, 1963 (gouache, 118 x 90)
Bahman Mohassess
Né en 1933 à Recht (Iran)
Crevasse, 1963 (huile, 100 x 70). Collection Bijan Saffari
Rumeurs de la nuit glacée, 1963 (huile, 70 x 100), coll. Fernando
Caruso
Stèle, 1963 (huile, 100 x 70) |